Presque 4 mois pour 15 kilomètres par Joël Renou
Cette lettre chargée a été postée à LA NEUVE-LYRE dans l’Eure le 7 décembre 1870 pour BEAUMESNIL distant de 15 kilomètres.
Le destinataire l’a reçue le 28 mars 1871, il l’a refusée.
Près de quatre mois pour faire 15 kilomètres !
Au verso il y a les timbres à date suivants :
| 1. Ambulant de jour CAEN A PARIS | 10 décembre 1870 | |
| 2. Ambulant de nuit PARIS A CHERBOURG | 10 décembre 1870 | |
| 3. CAEN type 17 | 10 décembre 1870 | |
| 4. CAEN type 17 | 12 décembre 1870 | |
| 5. CAEN type 17 | 24 mars 1870 |
Cette lettre a donc été bloquée plus de trois mois à CAEN. Le bureau a apposé son timbre à date pour indiquer la date du déblocage.
| 6. Ambulant de nuit CHERBOURG A PARIS | ?? mars 1871 | |
| 7. BEAUMESNIL type 16 | 25 mars 1871 | |
| 8. BEAUMESNIL type 16 | 26 mars 1871 | |
| 9. BEAUMESNIL type 16 | 27 mars 1871 | |
| 10. BEAUMESNIL type 16 | 28 mars 1871 |
Lettre refusée le 28 mars 1871 (mention manuscrite au verso)
Griffe RETOUR / A L’ENVOYEUR / 681 (Beaumesnil) au recto
| 11. LA NEUVE-LYRE type 16 | 29 mars 1871 |
Le retour BEAUMESNIL à LA NEUVE-LYRE fut plus rapide : 24 heures.
L’ensemble du trajet aller est anormal. Il n’y a à notre connaissance aucune relation ferroviaire entre La Neuve-Lyre et Beaumesnil qui sont dépourvues de gare. Pour les deux communes, les gares les plus proches sur la ligne Paris-Caen-Cherbourg sont Bernay à 27 km et Conches à 17 km.
Il est important de savoir que la France était en guerre et les prussiens étaient à quelques kilomètres de LA NEUVE-LYRE et de BEAUMESNIL depuis le 21 novembre 1870. L’occupation a cessé en octobre 1871. Cet état de guerre est certainement à l’origine du trajet étonnant et du retard du courrier présenté, ce qui en fait une pièce pas banale. Seules des recherches supplémentaires sur les effets de l’occupation prussienne permettraient d’en dire plus.
Complément de l’animateur avec accord de l’auteur :
Il faut aussi ajouter que l’agent de la poste du bureau de départ a ajouté la mention manuscrite : « expédié à Beaumesnil sur la demande de l’expéditeur ». On peut penser qu’il avait alerté l’expéditeur des incertitudes du trajet. Il voulait peut-être aussi dégager sa responsabilité.


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