Identification d’une boîte rurale et de sa lettre-timbre

Pourquoi cet article sur un sujet de prime abord simple nous direz-vous ? Il suffit de relever le timbre à date du bureau distributeur, de noter dans le corps de la lettre l’origine indiquée par l’auteur de la lettre et l’on peut donc en déduire facilement que la lettre timbre apposée sur la lettre provient de la boite rurale X relevé par un facteur du bureau Y.

Il est nécessaire de compléter cette démarche car l’identification d’une boîte rurale est pleine de chausse-trappes notamment dans le cas d’une lettre postée dans une autre commune soit en raison d’une grande proximité soit pour bénéficier d’un tarif local.  Nous vous proposons donc ci-dessous une méthodologie d’identification englobant tous ses aspects.

Nous allons dans un premier temps aborder d’un œil critique l’information clé écrite par l’auteur de la lettre en nous posant plusieurs questions puis dans un second temps exposer tous les outils permettant d’apporter une solution.

1 – Le lieu indiqué est-il une commune ? En effet, il ne faut pas perdre de vue que les lettres timbres sans indice numérique [1] sont affectées à des communes ?

  • Si oui, la commune dépend-elle du bureau distributeur indiqué par le timbre à date ? nous verrons plus loin avec quels outils on peut répondre à cette question.
  • Si non, il existe des outils pour relier le lieu à une commune et l’on peut aussi faire une recherche à partir de l’auteur de la lettre [2].

2 – Le lieu indiqué est-il le lieu où la lettre a été mise dans une boite rurale ?

  • Un tarif local a-t-il été appliqué, le lieu peut-il en bénéficier ? quels sont les outils à notre disposition pour nous en assurer.
  • La connaissance d’autres lettres confirme-t-elle la lettre timbre apposée et quelles informations avons-nous pour répondre à cette question ?

Après l’inventaire des questions, nous allons pour chacune d’entre elles indiquer les outils à la disposition des marcophiles pour améliorer leur démarche.

Question 1 : Le lieu mentionné est-il une commune ?

A question simple, réponse complexe tant l’organisation communale a été fluctuante au cours des deux derniers siècles écoulés : créations, fusions ont rythmées l’histoire communale.

Plusieurs lieux ou sites permettent de retrouver cette information :

Question 2 : La commune dépend-elle du bureau distributeur ?

Les outils à notre disposition sont assez nombreux mais présentent des périodes lacunaires. Dressons leur liste par ordre chronologique :

  • Dictionnaire des Postes de 1835
  • Dictionnaire des Postes de 1837
  • Annuaire des Postes de 1842 contenant les rectifications apportées depuis 1835
  • Rapport du Directeur des postes au conseil général à partir de 1841
  • Dictionnaire des Postes de 1845
  • Enquête postale de 1847
  • Bulletins mensuels des Postes de 1855 à 1886
  • Dictionnaires des Postes de 1884 à 1913

Nous voyons donc tout un ensemble documentaire très riche mais avec des lacunes importantes pour la période 1835 – 1845 car nous ne connaissons pas les dates de changement de bureau distributeur. Ces lacunes qui peuvent être palliées par les circulaires de l’Administration indiquant les dates de création des bureaux distributeurs et donc très probablement les dates de changement de bureau distributeur. La situation est la même pour la période 1845 – 1855, où les circulaires de l’Administration ainsi que les formulaires 857 [3] indiquant les changements de circonscription postale des communes complétés quelque fois par les journaux locaux [4] remédient partiellement à cette situation.

Pour pallier ces trous, des annuaires [5] ou des almanachs, les calendriers départementaux permettent quelquefois de compléter notre documentation.

Question 3 : Comment localiser un lieu-dit ?

Les documents à notre disposition pour résoudre cette question sont moins nombreux et plus difficilement accessibles, cependant il faut citer, outre les outils déjà indiqués supra:

  •  Les cartes de Cassini
  •  Les dictionnaires topographiques [6]
  • L’enquête de 1847
  • Paroisses et communes de France – Éditions du CNRS.

Question 4 : le tarif de proximité ou local est-il possible ?

Il convient de rappeler le périmètre d’application de ce tarif défini comme tel dans l’instruction sur le service rural du 1er avril 1830 :

Lettres d’un bureau de direction pour un bureau de distribution avec lequel il est en correspondance directe et réciproquement.

Lettres d’un bureau de direction ou de distribution pour son arrondissement rural et réciproquement ainsi que les lettres d’une commune pour une autre commune du même arrondissement rural.

S’il est facile grâce aux documents signalés à la réponse à la question 2 de connaître l’arrondissement rural d’un établissement postal, composé des communes desservies par celui-ci, il est beaucoup plus complexe de connaître les correspondances directes entre les distributions ou facteurs boitiers  et les bureaux de direction à partir de 1850 faute de sources documentaires.

Le formulaire 291 de mise en activité du bureau de distribution semble être le seul document indiquant à partir de 1850 les bureaux en correspondance directe.

La connaissance des courriers d’entreprise desservant le bureau de distribution peut aussi être d’un grand secours pour remédier à cette lacune très étonnante de la part d’une administration aussi centralisée.

Question 5 : La lettre timbre est-elle cohérente avec les autres lettres relevées ?

C’est un point clé dans la démarche, car beaucoup de lettres sont déposées dans une autre boîte aux lettres que celle mentionnée dans le corps de celle-ci soit en raison d’une plus grande proximité soit pour bénéficier d’un tarif réduit.

L’idéal est donc de disposer d’un échantillon important de lettres pour étayer l’affectation d’une lettre timbre à une commune, chose difficile pour les communes de faible population.

C’est pourquoi, l’Atelier d’Histoire de la Poste en milieu rural a conduit depuis les années 2000 un recensement national de toutes les lettres timbres rencontrées : il est possible pour les membres de l’Union Marcophile de contacter leur antenne départementale [7] ou à défaut le coordinateur national [8] pour connaître cette base de données.

En conclusion, cette démarche montre toutefois sa limite en raison de sources lacunaires sur certaines périodes que seule une bonne connaissance de l’histoire postale locale et de la géographie départementale permettent de pallier sans malheureusement répondre à tous les cas de figure à résoudre. Un prochain article de la coordination vous indiquera les sources numériques disponibles pour faciliter cette identification.

La Coordination de l’Atelier Histoire de la Poste en milieu rural.

[1] Il ne faut pas cependant oublier les lettres timbres avec indice numérique affectés à des communes lorsque le bureau distributeur dessert plus de vingt-cinq communes.
[2] Exemple de recherche par l’auteur : http://unionmarcophile.fr/methode-de-localisation-de-lettre-timbre/
[3] Les formulaires 857 sont conservés pour la plupart aux Archives départementales.
[4] Ce site de la BNF recense des journaux numérisés : http://presselocaleancienne.bnf.fr/accueil
[5] Faire un recensement des annuaires, almanach par département faciliterait la tâche des chercheurs.
[6] Ce site permet de localiser les ressources disponibles pour chaque département : http://cths.fr/dico-topo/index.php
[7] Liste des antennes départementales : http://unionmarcophile.fr/les-ateliers/atelier-dhistoire-de-la-poste-en-milieu-rural/organisation/les-antennes-departementales/
[8] Dominique Reynaud : http://unionmarcophile.fr/les-ateliers/atelier-dhistoire-de-la-poste-en-milieu-rural/organisation/les-coordinateurs/

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